La décarbonation du transport routier implique de réduire fortement l’usage des carburants fossiles. Mais la voiture électrique à batterie est-elle réellement la meilleure solution pour remplacer les véhicules essence et diesel ?

Hydrogène, carburants synthétiques, biocarburants ou encore gaz naturel sont régulièrement présentés comme des alternatives possibles.

Pour la voiture particulière, leur principal problème réside souvent dans leur efficacité énergétique, leur coût, leur disponibilité ou leurs émissions. À l’inverse, le véhicule électrique à batterie utilise directement l’électricité pour alimenter son moteur, avec beaucoup moins d’étapes intermédiaires.

Pourquoi la voiture électrique à batterie s’impose progressivement

Le véhicule électrique à batterie, ou BEV pour Battery Electric Vehicle, stocke l’électricité dans une batterie avant de l’envoyer vers un ou plusieurs moteurs électriques.

Cette architecture relativement simple présente plusieurs avantages :

  • aucune émission de CO₂, de NOx ou de particules à l’échappement ;
  • un rendement énergétique très supérieur à celui d’un moteur thermique ;
  • une mécanique plus simple nécessitant généralement moins d’entretien ;
  • la possibilité de recharger à domicile ou sur le réseau public ;
  • une conduite silencieuse et souple ;
  • la possibilité d’utiliser directement une électricité produite à partir de sources bas-carbone.

Un véhicule électrique n’est toutefois pas totalement exempt d’impact environnemental. La fabrication de la batterie nécessite notamment l’extraction et la transformation de matières premières, tandis que les pneus et la chaussée continuent de générer des particules liées à l’abrasion.

Son bilan climatique dépend également de l’électricité utilisée pour la recharge.

Sur l’ensemble de son cycle de vie, les études européennes concluent néanmoins généralement à un avantage climatique important du véhicule électrique par rapport aux véhicules essence ou diesel, particulièrement lorsque le mix électrique est faiblement carboné.

La progression du marché confirme également cette évolution : en 2025, les voitures entièrement électriques représentaient 18,9 % des nouvelles immatriculations dans l’Union européenne, en Norvège et en Islande, selon l’Agence européenne pour l’environnement.

La voiture à hydrogène : intéressante sur le papier, beaucoup moins efficace en pratique

Les véhicules à hydrogène utilisant une pile à combustible sont également des véhicules électriques.

La différence est que l’électricité n’est pas stockée directement dans une batterie. Elle est produite à bord à partir d’hydrogène comprimé grâce à une pile à combustible.

Le principal avantage est la rapidité du ravitaillement, généralement comparable à celle d’un véhicule thermique.

Mais pour une voiture particulière, cette solution souffre d’un problème fondamental : il faut transformer plusieurs fois l’énergie avant qu’elle n’arrive aux roues.

Avec de l’hydrogène renouvelable, la chaîne comprend notamment :

Électricité → électrolyse → hydrogène → compression → transport et stockage → pile à combustible → électricité → moteur

Chaque transformation entraîne des pertes.

Avec une voiture électrique à batterie, la chaîne est beaucoup plus courte :

Électricité → batterie → moteur

C’est pourquoi une voiture à batterie peut utiliser environ 70 à 80 % de l’électricité initiale pour la propulsion, alors qu’une voiture à hydrogène n’en restitue typiquement qu’environ 25 à 35 % aux roues, selon les hypothèses retenues.

Autrement dit, pour parcourir une distance comparable, une voiture à hydrogène renouvelable peut nécessiter environ deux à trois fois plus d’électricité qu’une voiture à batterie.

L’hydrogène reste aujourd’hui essentiellement fossile

Il existe également une autre difficulté : la manière dont l’hydrogène est produit.

L’hydrogène n’est pas une source d’énergie primaire. Il doit être fabriqué.

En 2025, la production mondiale d’hydrogène restait très largement dominée par les combustibles fossiles. L’hydrogène produit à partir de technologies à faibles émissions représentait encore moins de 1 % de la production mondiale, avant de franchir légèrement ce seuil en 2026 selon l’Agence internationale de l’énergie.

La production conventionnelle repose principalement sur le gaz naturel et le charbon et génère donc d’importantes émissions de CO₂.

À cela s’ajoutent le coût élevé des véhicules à pile à combustible et celui des stations capables de stocker et distribuer de l’hydrogène à très haute pression.

L’hydrogène est-il alors inutile ?

Non.

Son intérêt est simplement beaucoup plus évident dans les secteurs où l’électrification directe est difficile.

Il peut notamment jouer un rôle dans :

  • la sidérurgie ;
  • l’industrie chimique ;
  • la production d’ammoniac ;
  • certains carburants destinés à l’aviation ou au transport maritime ;
  • certaines applications de stockage énergétique de longue durée.

L’Agence internationale de l’énergie constate d’ailleurs que l’usage mondial de l’hydrogène reste aujourd’hui presque entièrement concentré dans l’industrie et le raffinage, les nouveaux usages comme la mobilité ne représentant encore qu’une fraction très faible de la demande.

Pour la voiture particulière, stocker directement l’électricité dans une batterie reste donc généralement beaucoup plus efficace.

Les carburants synthétiques : peuvent-ils sauver le moteur thermique ?

Les e-fuels, ou carburants synthétiques, constituent une autre piste régulièrement évoquée.

Ils peuvent être fabriqués en combinant de l’hydrogène produit par électrolyse avec du CO₂ capté.

Le carburant obtenu peut ensuite être utilisé dans un moteur thermique relativement classique.

Cette technologie possède un avantage important : les carburants synthétiques peuvent théoriquement utiliser une partie des infrastructures existantes et offrir une forte densité énergétique.

Le principal problème est, encore une fois, l’efficacité.

Pour faire avancer une voiture, il faut :

  1. produire de l’électricité ;
  2. fabriquer de l’hydrogène par électrolyse ;
  3. capter du CO₂ ;
  4. synthétiser le carburant ;
  5. le transporter ;
  6. le brûler dans un moteur thermique dont une grande partie de l’énergie est perdue sous forme de chaleur.

Au final, seule une faible partie de l’électricité initiale atteint les roues.

Une voiture roulant exclusivement avec des e-fuels peut ainsi nécessiter plusieurs fois plus d’électricité renouvelable qu’un véhicule électrique à batterie parcourant la même distance.

Les émissions à l’échappement ne disparaissent pas

Un carburant synthétique peut permettre de recycler du carbone précédemment capté plutôt que d’extraire du pétrole supplémentaire.

Mais une fois brûlé dans un moteur, il produit à nouveau du CO₂.

Le moteur thermique continue également à générer des polluants liés à la combustion, notamment des oxydes d’azote (NOx) et certaines particules.

Les e-fuels ne transforment donc pas un moteur thermique en véhicule zéro émission.

Une meilleure utilisation dans l’aviation ?

Cela ne signifie pas que les carburants synthétiques soient inutiles.

Ils peuvent devenir particulièrement intéressants dans des secteurs difficiles à électrifier directement, comme :

  • l’aviation long-courrier ;
  • certaines applications maritimes ;
  • éventuellement certains véhicules spécialisés ou historiques.

Dans ces secteurs, la densité énergétique d’un carburant liquide reste un avantage important.

Utiliser une grande quantité d’électricité renouvelable pour produire un e-fuel destiné à une voiture particulière est en revanche beaucoup moins efficace que d’utiliser directement cette électricité dans une batterie.

Les biocarburants : une solution limitée par les ressources disponibles

Les biocarburants sont produits à partir de matières organiques.

Ils comprennent notamment :

  • le bioéthanol ;
  • le biodiesel ;
  • les carburants issus d’huiles végétales ;
  • les carburants produits à partir de déchets et résidus.

Ils peuvent réduire la consommation directe de pétrole, mais leur bilan environnemental dépend énormément de leur méthode de production.

Les biocarburants de première génération

Certains utilisent des cultures agricoles telles que :

  • le maïs ;
  • la betterave ;
  • le colza ;
  • la canne à sucre.

Leur développement à très grande échelle peut entrer en concurrence avec la production alimentaire ou mobiliser des terres qui pourraient avoir d’autres usages.

Les changements indirects d’affectation des sols peuvent également réduire fortement leur bénéfice climatique.

Les biocarburants avancés

Les carburants produits à partir de déchets, de résidus agricoles, d’huiles usagées ou de certaines matières lignocellulosiques présentent généralement un intérêt environnemental supérieur.

Mais ces ressources ne sont pas disponibles en quantité illimitée.

Il est donc difficile d’imaginer remplacer l’ensemble de la consommation mondiale d’essence et de diesel par des biocarburants réellement durables.

Comme l’hydrogène et les e-fuels, ils peuvent donc être plus utiles dans les secteurs où l’électrification directe est particulièrement difficile.

Le gaz naturel CNG : une alternative toujours fossile

Les véhicules au CNG ou GNC, gaz naturel comprimé, ont longtemps été présentés comme une alternative plus propre aux véhicules essence ou diesel.

Le gaz naturel est principalement constitué de méthane.

Sa combustion peut générer moins de certains polluants que les anciens moteurs diesel et, par unité d’énergie, moins de CO₂ que certains autres combustibles fossiles.

Mais le CNG reste malgré tout un carburant fossile.

Son bilan climatique doit également tenir compte des fuites de méthane pouvant survenir lors de l’extraction, du traitement et du transport du gaz naturel.

Or le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO₂ à court terme.

Le passage de l’essence ou du diesel au gaz naturel ne constitue donc pas une solution de décarbonation profonde du transport routier.

Et le LPG ?

Le LPG ou GPL, pour gaz de pétrole liquéfié, ne doit pas être confondu avec le CNG.

Il est principalement constitué de propane et de butane.

Son utilisation peut permettre de réduire certains polluants et parfois les émissions de CO₂ par rapport à un véhicule essence comparable.

Mais il s’agit toujours d’un combustible carboné, généralement issu du raffinage du pétrole ou de l’exploitation du gaz naturel.

Il reste donc une amélioration possible du moteur thermique plutôt qu’une solution permettant de sortir des hydrocarbures fossiles.

Comparaison des principales technologies

TechnologieEfficacité énergétiqueÉmissions à l’échappementPrincipal avantagePrincipal inconvénient
Électrique à batterie (BEV)Très élevéeAucun CO₂, NOx ou particules de combustionUtilisation directe de l’électricitéBatterie, matières premières et temps de recharge
Hydrogène FCEVFaible à moyennePas de CO₂ à l’échappementRecharge rapideGrandes pertes énergétiques et infrastructure limitée
E-fuelTrès faibleCO₂ et polluants de combustionCompatible avec des moteurs thermiquesTrès forte consommation d’électricité
BiocarburantFaibleÉmissions de combustionPeut remplacer certains carburants fossilesRessources durables limitées
CNG / gaz naturelFaibleCO₂ et autres polluantsTechnologie matureCombustible fossile et émissions de méthane
LPG / GPLFaibleCO₂ et autres polluantsCoût et infrastructure existanteCombustible carboné
Essence / dieselFaibleCO₂, NOx et particules selon le moteurInfrastructure très développéeForte dépendance aux combustibles fossiles

La voiture électrique est-elle réellement la meilleure solution ?

Pour la voiture particulière, le véhicule électrique à batterie apparaît aujourd’hui comme la solution technologique la plus efficace pour remplacer massivement les moteurs essence et diesel.

Son avantage principal est simple : il utilise directement l’électricité sans devoir la transformer au préalable en hydrogène ou en carburant.

Cette efficacité devient particulièrement importante dans un système énergétique où chaque kilowattheure d’électricité bas-carbone doit être utilisé intelligemment.

Produire trois ou quatre fois plus d’électricité renouvelable afin de fabriquer un carburant intermédiaire n’a généralement que peu de sens lorsqu’il est possible d’alimenter directement le véhicule.

Cela ne signifie pas que la batterie soit adaptée à tous les usages.

L’hydrogène, les carburants synthétiques et les biocarburants peuvent jouer un rôle important dans certains secteurs difficiles à électrifier directement.

Mais pour les voitures particulières et une grande partie des véhicules utilitaires légers, l’électrification directe reste aujourd’hui la voie la plus logique sur les plans énergétique, climatique et économique.

Conclusion : utiliser chaque technologie là où elle est la plus pertinente

La transition énergétique ne nécessite pas une technologie unique pour tous les moyens de transport.

L’objectif est plutôt d’utiliser les ressources bas-carbone le plus efficacement possible.

Pour les voitures particulières, cela signifie généralement utiliser directement l’électricité dans une batterie.

Pour les secteurs où les batteries deviennent trop lourdes ou peu pratiques, l’hydrogène, les biocarburants avancés ou les carburants synthétiques peuvent devenir plus intéressants.

L’enjeu n’est donc pas de déterminer si l’hydrogène ou les e-fuels sont de « mauvaises technologies », mais de réserver les ressources énergétiques les plus coûteuses à produire aux usages pour lesquels aucune solution plus efficace n’existe.

Pour la mobilité automobile quotidienne, cette hiérarchie technologique donne aujourd’hui un avantage très net au véhicule électrique à batterie.

Sources