Associer une installation photovoltaïque à une voiture électrique est l’une des associations les plus intéressantes de la transition énergétique : produire localement une partie de l’électricité nécessaire à ses déplacements plutôt que de l’acheter intégralement sur le réseau.

Cependant, en Belgique, le paysage réglementaire a profondément changé. Entre la fin progressive ou complète de la compensation, la réforme tarifaire wallonne entrée en vigueur en 2026, le tarif capacitaire flamand et le système propre à Bruxelles, recharger sa voiture grâce au soleil demande désormais un minimum d’optimisation.

Voici les principaux éléments à connaître pour comprendre la rentabilité, l’équipement nécessaire et les règles propres à chaque région.

1. Combien d’énergie faut-il pour rouler au solaire ?

La consommation d’une voiture électrique dépend fortement du véhicule, de la température, de la vitesse et du type de trajet. Un ordre de grandeur d’environ 15 à 20 kWh/100 km côté véhicule est raisonnable pour de nombreux modèles actuels [1].

Pour dimensionner une installation photovoltaïque, il faut toutefois également tenir compte des pertes lors de la recharge. Une hypothèse de l’ordre de 17 à 22 kWh prélevés au compteur pour 100 km parcourus constitue donc une base prudente.

Selon Car-Pass, une voiture belge a parcouru en moyenne 14 172 km en 2025 [2]. À titre indicatif, 15 000 km par an correspondent ainsi à environ 2 550 à 3 300 kWh d’électricité prélevée par an pour la recharge, selon le véhicule et les pertes.

Une installation photovoltaïque de 5 kWc, soit généralement une dizaine à une douzaine de panneaux modernes selon leur puissance, peut produire de l’ordre de 4 250 à 5 000 kWh par an dans de bonnes conditions en Belgique. En Wallonie, le SPW retient comme ordre de grandeur environ 850 kWh par kWc et par an, tandis que la production réelle dépend notamment de l’orientation, de l’inclinaison, de l’ombrage et des pertes du système [3][4].

Le constat est donc intéressant : sur une base annuelle, une installation de 5 kWc peut produire suffisamment d’énergie pour couvrir la consommation énergétique annuelle d’une voiture électrique moyenne et encore fournir une partie de l’électricité du logement.

Cela ne signifie cependant pas que la voiture roule automatiquement « à 100 % au solaire ». Le véritable enjeu est la simultanéité entre la production des panneaux et la recharge du véhicule.

2. Quel cadre réglementaire en Belgique en 2026 ?

Les règles applicables au photovoltaïque varient entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre. Pour un propriétaire de voiture électrique, l’enjeu principal est surtout de savoir si l’électricité produite doit être consommée immédiatement, injectée sur le réseau ou déplacée vers les heures les plus avantageuses.

Wallonie

Les installations photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2024 peuvent encore bénéficier du mécanisme de compensation jusqu’au 31 décembre 2030 lorsqu’elles remplissent les conditions prévues. Pour les nouvelles installations, prélèvement et injection sont dissociés, ce qui renforce l’intérêt de consommer directement sa production photovoltaïque.

Depuis 2026, les heures creuses wallonnes comprennent notamment la plage de 11 h à 17 h, particulièrement intéressante pour la recharge solaire d’une voiture électrique. Le tarif optionnel Impact peut également favoriser le déplacement des fortes consommations vers certaines périodes.

Bruxelles

À Bruxelles, la compensation n’existe plus et l’électricité prélevée et injectée est comptabilisée séparément. Recharger une voiture pendant les heures de production photovoltaïque permet donc d’augmenter l’autoconsommation et de réduire les prélèvements sur le réseau.

Les installations photovoltaïques peuvent parallèlement bénéficier du mécanisme régional des certificats verts selon les conditions applicables.

Flandre

En Flandre, le tarif capacitaire tient notamment compte des pointes de puissance prélevées sur le réseau. Une voiture électrique rechargeant à forte puissance peut donc augmenter la pointe mensuelle si la recharge n’est pas pilotée.

Une borne disposant d’une gestion dynamique de puissance peut limiter cet effet en adaptant automatiquement la recharge aux autres consommations du logement et à la production photovoltaïque.

Pour le détail des règles photovoltaïques propres à chaque Région, voir notre guide Panneaux photovoltaïques en Belgique en 2026 : fonctionnement, rendement, dimensionnement et règles.

3. Combien coûte réellement 100 km ?

Il est difficile de donner un tarif « belge » unique : les prix varient selon la région, le fournisseur, le contrat, la borne publique et les éventuels abonnements.

Prenons donc un exemple purement illustratif, avec une voiture consommant 17 kWh/100 km.

Mode d’alimentationHypothèse utiliséeCoût pour 100 km
Essence – 7 L/100 km1,85 €/L12,95 €
Diesel – 6 L/100 km1,80 €/L10,80 €
Recharge rapide publique0,62 €/kWh10,54 €
Recharge domestique0,34 €/kWh5,78 €
Recharge domestique à tarif avantageux0,24 €/kWh4,08 €
Solaire autoconsommé*0,06 €/kWh1,02 €

Ces tarifs sont des hypothèses de comparaison, et non des moyennes officielles du marché.

* Pour une installation photovoltaïque déjà installée et considérée séparément, les 0,06 €/kWh peuvent représenter le coût d’opportunité d’un kWh autoconsommé : il s’agit du revenu d’injection auquel le propriétaire renonce en consommant lui-même l’électricité.

Ce chiffre ne représente pas le coût complet de production du photovoltaïque. Celui-ci doit également intégrer l’investissement initial, le remplacement éventuel de l’onduleur, la maintenance et la durée de vie de l’installation.

Avec ces hypothèses, le coût énergétique marginal de 100 km réalisés grâce à un surplus photovoltaïque déjà disponible peut effectivement être environ dix fois inférieur à celui d’un véhicule thermique.

4. Faut-il une batterie domestique ou la voiture suffit-elle ?

Une batterie domestique et une batterie automobile ne répondent pas exactement au même besoin.

Une batterie résidentielle possède généralement une capacité nettement inférieure à celle d’un véhicule électrique. Une batterie de voiture électrique actuelle peut aller d’environ 40 kWh pour certains petits modèles à plus de 80 ou 100 kWh pour les véhicules équipés de grosses batteries.

Cependant, la capacité totale n’est pas le seul critère.

Si votre voiture reste régulièrement à domicile pendant les heures de production photovoltaïque (télétravail, horaires décalés, week-ends) elle constitue déjà un consommateur flexible particulièrement intéressant.

Dans ce cas, une borne solaire intelligente peut envoyer directement les surplus de production vers la voiture, ce qui peut réduire l’intérêt économique d’une batterie domestique supplémentaire.

À l’inverse, une batterie résidentielle peut être intéressante lorsque la maison est vide pendant la journée et que la consommation est principalement concentrée en soirée.

La rentabilité doit donc être évaluée au cas par cas.

Vers le V2H et le V2G

La recharge bidirectionnelle permet d’aller encore plus loin :

  • V2L – Vehicle-to-Load : alimenter directement un appareil depuis la voiture ;
  • V2H – Vehicle-to-Home : réinjecter de l’énergie de la voiture vers la maison ;
  • V2G – Vehicle-to-Grid : réinjecter de l’électricité vers le réseau.

Plusieurs constructeurs préparent ou proposent déjà ces fonctions.

Kia mentionne par exemple les fonctions V2H et V2G pour certaines versions de l’EV3 sur son site belge [13]. Volvo présente également la recharge bidirectionnelle pour ses véhicules compatibles, tout en précisant que sa disponibilité dépend du marché, de la borne et de l’approbation du gestionnaire de réseau [14].

La Renault 5 E-Tech dispose quant à elle d’un chargeur bidirectionnel et propose actuellement en Belgique principalement une fonction V2L, permettant d’alimenter des appareils électriques [15].

Il faut donc distinguer la compatibilité technique du véhicule de la disponibilité effective d’un service V2H ou V2G en Belgique.

5. L’équipement essentiel : une borne capable de suivre la production solaire

Une borne classique peut parfaitement recharger une voiture électrique, mais une borne disposant d’un pilotage photovoltaïque permet d’augmenter fortement l’autoconsommation.

Le principe est le suivant :

[Panneaux photovoltaïques] ──► [Onduleur]
                                     │
                                     ▼
[Réseau] ◄────────────── [Compteur / mesure d'énergie]
                                     │
                              Pilotage recharge
                                     │
                                     ▼
                              [Borne] ──► [Voiture]

Un compteur d’énergie ou des capteurs de courant mesurent en temps réel les flux entre la maison et le réseau.

Lorsque la production solaire dépasse la consommation du logement, la borne peut utiliser automatiquement le surplus disponible.

Le seuil minimal de recharge

En recharge AC traditionnelle conforme à l’IEC 61851, 6 ampères constituent généralement le courant minimal annoncé par la borne au véhicule [16].

Cela correspond approximativement à :

  • 1,4 kW en monophasé à 230 V ;
  • 4,1 kW en triphasé à 230 V par phase / réseau 400 V.

Certains véhicules peuvent toutefois demander un courant minimal supérieur.

C’est pourquoi les bornes solaires les plus évoluées peuvent basculer automatiquement entre une et trois phases : cela permet de commencer à recharger avec un surplus photovoltaïque beaucoup plus faible.

Exemple

Si la maison injecte 2 kW sur le réseau, une borne compatible peut lancer une recharge monophasée à faible puissance.

Si la production disponible monte à 3,5 kW, elle augmente progressivement la puissance envoyée à la voiture.

Si un nuage apparaît ou qu’un appareil électroménager démarre, la borne peut réduire temporairement la recharge afin de limiter le prélèvement sur le réseau.

Gestion dynamique de puissance

Cette fonction ne sert pas uniquement au photovoltaïque.

En Flandre, elle peut contribuer à limiter les pointes prises en compte par le tarif capacitaire.

Dans les autres régions, elle permet également d’éviter de dépasser la puissance maximale du raccordement lorsque plusieurs gros appareils fonctionnent simultanément.

6. Aides, fiscalité et TVA

La rentabilité d’une installation photovoltaïque associée à une voiture électrique dépend également du régime applicable dans la Région concernée.

En Wallonie, les nouvelles installations photovoltaïques reposent principalement sur l’autoconsommation et la valorisation du surplus injecté. À Bruxelles, les certificats verts continuent de jouer un rôle dans le soutien au photovoltaïque.

Pour les installations réalisées dans une habitation privée suffisamment ancienne, certains travaux peuvent également bénéficier du taux réduit de TVA de 6 % lorsque toutes les conditions légales sont remplies.

Dans le cadre professionnel, des mécanismes fiscaux spécifiques peuvent également s’appliquer à certains investissements liés à l’énergie renouvelable ou à la mobilité électrique.

Pour le détail des aides et règles photovoltaïques, voir notre guide Panneaux photovoltaïques en Belgique en 2026.

En résumé : quatre règles pour combiner photovoltaïque et voiture électrique

1. Intégrez la voiture au dimensionnement photovoltaïque

Pour 15 000 km par an, une voiture électrique peut nécessiter environ 2 500 à 3 300 kWh supplémentaires par an en tenant compte des pertes de recharge.

Avec une production de l’ordre de 850 à 1 000 kWh par kWc et par an, cela représente grossièrement 3 à 4 kWc de photovoltaïque supplémentaires, selon le véhicule et les conditions de production.

2. Choisissez une borne capable de suivre le surplus solaire

Une borne pilotable peut adapter automatiquement sa puissance à la production photovoltaïque et à la consommation de la maison.

C’est l’un des moyens les plus efficaces d’augmenter l’autoconsommation.

3. Rechargez pendant les heures de production

La période comprise approximativement entre 11 h et 17 h est particulièrement intéressante.

En Wallonie, elle correspond depuis 2026 aux nouvelles heures creuses du tarif bihoraire et à une plage ECO du tarif Impact.

4. Vérifiez votre régime régional

En Wallonie, les installations antérieures à 2024 peuvent conserver la compensation jusqu’au 31 décembre 2030 sous certaines conditions.

À Bruxelles, la compensation a disparu depuis 2021 mais les certificats verts restent un élément important de la rentabilité.

En Flandre, une recharge intelligente permet notamment de réduire les pointes de prélèvement prises en compte dans le tarif capacitaire.

Sources

[1] Energuide, Quelle est la consommation d’une voiture électrique ?, Sibelga / Energuide.

[2] Car-Pass, Rapport annuel 2025, 2026.

[3] Service public de Wallonie, Technologie – solaire photovoltaïque. Ordre de grandeur retenu : 1 kWc ≈ 850 kWh/an.

[4] Commission européenne – Joint Research Centre, Photovoltaic Geographical Information System (PVGIS).

[5] Service public de Wallonie, Installations photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2024 : compensation et tarif prosumer.

[6] Service public de Wallonie, Comprendre le mécanisme de compensation entre les prélèvements et les injections sur le réseau électrique.

[7] CREG, Tarif CREG pour le remboursement de la recharge à domicile des voitures de société, données du quatrième trimestre 2026.

[8] CWaPE, Changements en 2026 au niveau des tarifs de distribution pour l’ensemble des utilisateurs du réseau électrique basse tension wallon.

[9] Service public de Wallonie, Tarif Impact – nouveau tarif de distribution optionnel et incitatif, 2026.

[10] BRUGEL, Fin du principe de la compensation, septembre 2021.

[11] BRUGEL, Mécanisme des certificats verts – coefficients applicables à partir du 1er avril 2026.

[12] Vlaamse Nutsregulator, Capaciteitstarief, mise à jour du 11 juin 2026.

[13] Kia Belgium, Kia EV3 – Vehicle-to-Home et Vehicle-to-Grid.

[14] Volvo Cars Belgique, Recharge bidirectionnelle.

[15] Renault Belgique, Renault 5 E-Tech electric – autonomie et recharge / Power to Object V2L.

[16] IEC, IEC 61851-1 – Electric vehicle conductive charging system – Part 1: General requirements ; voir également SMA, SMA EV Charger – minimum charging current, courant minimal standard de 6 A.

[17] SPF Finances, Déduction pour investissement, régime applicable aux immobilisations acquises ou constituées à partir du 1er janvier 2025.

[18] SPF Finances, Taux de TVA pour les travaux immobiliers effectués à des logements privés ; circulaire 2021/C/113 relative à l’installation de stations de recharge destinées aux véhicules électriques ainsi qu’aux livraisons et prestations de services relatives à ces stations de recharge.