Le moteur électrique est l’un des éléments qui expliquent les performances et l’efficacité des voitures électriques.

Contrairement à un moteur thermique, il ne repose ni sur la combustion d’un carburant ni sur le mouvement alternatif de pistons. Il transforme directement l’énergie électrique en énergie mécanique grâce à l’interaction de champs magnétiques.

Mais toutes les voitures électriques n’utilisent pas le même type de moteur.

Moteur synchrone à aimants permanents, moteur à rotor bobiné ou moteur asynchrone à induction : quelles sont leurs différences et pourquoi les constructeurs privilégient-ils certaines technologies ?

Pourquoi le moteur électrique est-il si efficace ?

L’un des principaux avantages du moteur électrique est son rendement.

Selon sa technologie et son point de fonctionnement, un moteur de traction moderne peut atteindre un rendement supérieur à 90 %, avec des valeurs maximales pouvant dépasser 95 %.

Cela signifie qu’une grande partie de l’énergie électrique reçue est transformée en énergie mécanique.

Un moteur thermique fonctionne très différemment. Une part importante de l’énergie contenue dans le carburant est dissipée sous forme de chaleur dans :

  • le moteur ;
  • le système de refroidissement ;
  • les gaz d’échappement ;
  • les frottements mécaniques.

C’est l’une des raisons pour lesquelles une voiture électrique nécessite beaucoup moins d’énergie pour parcourir une même distance qu’une voiture essence ou diesel.

Une mécanique beaucoup plus simple

Un moteur électrique possède également beaucoup moins de pièces mécaniques mobiles qu’un moteur thermique.

Ses deux principaux éléments sont :

  • le stator, partie fixe dans laquelle circulent des courants électriques ;
  • le rotor, partie tournante reliée à la transmission.

L’interaction des champs magnétiques produits par ces éléments entraîne la rotation du rotor.

Cette simplicité permet de supprimer de nombreux composants nécessaires à une voiture thermique :

  • pistons ;
  • soupapes ;
  • vilebrequin ;
  • système d’injection ;
  • turbo ;
  • échappement ;
  • embrayage sur la grande majorité des VE.

La transmission elle-même est généralement beaucoup plus simple.

Pourquoi une voiture électrique n’a-t-elle généralement qu’un seul rapport ?

Un moteur électrique peut fonctionner efficacement sur une plage de régimes extrêmement large.

Il peut fournir beaucoup de couple à très basse vitesse puis continuer à tourner à plusieurs milliers, voire plus de 15 000 tr/min selon les moteurs.

La majorité des voitures électriques utilisent donc simplement un réducteur à rapport fixe.

Il n’est généralement pas nécessaire d’installer une boîte de vitesses à plusieurs rapports comme sur une voiture thermique.

La Tesla Model 3 et le Model Y utilisent par exemple une transmission à rapport fixe avec des moteurs capables d’atteindre des régimes très élevés.

Certaines exceptions existent toutefois, notamment sur des véhicules électriques sportifs cherchant à optimiser simultanément accélération et vitesse maximale.

Un couple disponible immédiatement

Le moteur électrique peut fournir un couple très élevé dès les très faibles régimes.

Il n’a pas besoin de monter progressivement en régime comme un moteur thermique avant d’atteindre sa zone de couple optimale.

C’est ce qui explique la sensation d’accélération immédiate caractéristique des voitures électriques.

La puissance est également délivrée de manière très progressive, sans changement de rapport sur la majorité des véhicules.

Le freinage régénératif

Un autre avantage essentiel du moteur électrique est sa réversibilité.

Lors d’une accélération :

électricité → moteur → mouvement

Lors d’une décélération, le fonctionnement peut être inversé :

mouvement des roues → moteur utilisé comme générateur → électricité → batterie

C’est le freinage régénératif.

Une partie de l’énergie cinétique qui aurait été transformée en chaleur dans les freins mécaniques peut ainsi être récupérée.

Cela permet :

  • de réduire la consommation d’énergie ;
  • d’augmenter l’autonomie ;
  • de limiter l’utilisation des plaquettes et disques de frein.

Le freinage mécanique reste néanmoins nécessaire pour les freinages importants, à très basse vitesse ou lorsque la récupération d’énergie est limitée.

Les trois principales technologies de moteurs électriques automobiles

Les voitures électriques modernes utilisent principalement trois grandes familles de moteurs.

1. Le moteur synchrone à aimants permanents

Le PMSM, pour Permanent Magnet Synchronous Motor, est aujourd’hui l’une des technologies dominantes dans l’automobile électrique.

Des aimants permanents sont intégrés au rotor.

Le stator produit un champ magnétique tournant qui entraîne le rotor. Celui-ci tourne à la même fréquence que le champ magnétique : c’est la raison pour laquelle le moteur est dit synchrone.

Ses avantages

Le moteur à aimants permanents possède plusieurs qualités :

  • excellent rendement ;
  • très forte densité de puissance ;
  • moteur compact ;
  • couple élevé ;
  • efficacité particulièrement intéressante sur une large plage d’utilisation.

Ces caractéristiques expliquent son utilisation par de nombreux constructeurs.

Tesla utilise par exemple aujourd’hui un moteur synchrone à aimants permanents sur l’essieu arrière de certaines Model 3 et Model Y.

Son principal inconvénient : les terres rares

Les aimants hautes performances utilisent souvent des matériaux à base de néodyme auxquels peuvent être ajoutés d’autres éléments comme le dysprosium ou le terbium afin d’améliorer leurs performances à haute température.

Ces éléments appartiennent à la famille des terres rares.

Le problème n’est pas leur « rareté » géologique au sens strict, mais notamment :

  • leur extraction ;
  • leur raffinage ;
  • les impacts environnementaux associés ;
  • la concentration géographique de leur chaîne d’approvisionnement.

Cela pousse les constructeurs à réduire leur utilisation ou à développer des moteurs capables de fonctionner sans aimants permanents.

2. Le moteur synchrone à rotor bobiné

Le moteur synchrone à excitation électrique, souvent désigné par l’acronyme EESM (Electrically Excited Synchronous Motor), permet de supprimer les aimants permanents du rotor.

À leur place, des bobines de cuivre génèrent le champ magnétique lorsqu’elles sont parcourues par un courant électrique.

Les avantages

Cette technologie permet :

  • de fonctionner sans terres rares dans le rotor ;
  • de contrôler précisément le champ magnétique ;
  • d’obtenir un excellent rendement sur une large plage de fonctionnement ;
  • de réduire certaines pertes lorsque le véhicule roule à vitesse élevée.

Contrairement à un aimant permanent, dont le champ magnétique est toujours présent, l’intensité du champ créé par un rotor bobiné peut être adaptée aux besoins du moteur.

Renault, pionnier de cette technologie

Renault utilise des moteurs synchrones à rotor bobiné produits en grande série depuis la Zoe en 2012.

Cette architecture équipe notamment plusieurs véhicules électriques récents du groupe.

Renault souligne que son moteur EESM permet d’obtenir un bon rendement tout en supprimant les aimants et donc les terres rares du rotor.

Le groupe développe également une nouvelle génération de moteur EESM destinée à atteindre 275 ch et environ 93 % de rendement sur autoroute, toujours sans terres rares dans le rotor.

BMW utilise également le principe du moteur synchrone à excitation électrique sur plusieurs de ses modèles électriques.

Les limites

Cette architecture nécessite d’alimenter électriquement les bobines du rotor.

Cela peut demander :

  • des contacts électriques ;
  • des balais et bagues selon la conception ;
  • ou des systèmes d’excitation sans contact plus complexes.

Le moteur peut également être légèrement plus volumineux qu’un équivalent à aimants permanents.

3. Le moteur asynchrone ou à induction

Le moteur asynchrone, également appelé moteur à induction, fonctionne sans aimants permanents dans le rotor.

Le stator crée un champ magnétique tournant.

Ce champ induit des courants électriques dans le rotor, qui génèrent à leur tour un champ magnétique permettant sa rotation.

Contrairement au moteur synchrone, le rotor tourne légèrement moins vite que le champ magnétique du stator.

Cette différence de vitesse est appelée glissement.

Ses avantages

Le moteur asynchrone est :

  • robuste ;
  • relativement simple ;
  • dépourvu d’aimants permanents ;
  • indépendant des terres rares pour son rotor ;
  • capable de délivrer des puissances importantes.

Il présente aussi un avantage intéressant dans les véhicules à plusieurs moteurs : lorsqu’il n’est pas alimenté, il peut être entraîné avec relativement peu de pertes liées à un champ magnétique permanent.

Ses inconvénients

Son rendement peut être légèrement inférieur à celui d’un bon moteur synchrone à aimants permanents, notamment dans certaines conditions de charge.

C’est pourquoi cette technologie est aujourd’hui souvent utilisée comme moteur secondaire dans certains véhicules à transmission intégrale.

Tesla utilise par exemple un moteur à induction sur l’essieu avant de certaines Model 3 et Model Y AWD, tandis que l’essieu arrière utilise un moteur synchrone à aimants permanents.

Cette combinaison permet d’exploiter les avantages des deux technologies.

Pourquoi certains véhicules électriques utilisent-ils plusieurs types de moteurs ?

Il n’existe pas nécessairement une technologie meilleure dans absolument toutes les situations.

Un constructeur peut rechercher :

  • le meilleur rendement en conduite quotidienne ;
  • beaucoup de puissance ;
  • une forte compacité ;
  • l’absence de terres rares ;
  • un coût de production réduit ;
  • de faibles pertes lorsque certains moteurs sont désactivés.

Sur un véhicule à transmission intégrale, combiner deux technologies peut donc être particulièrement intéressant.

Le moteur principal peut être optimisé pour l’efficacité, tandis que le deuxième moteur intervient principalement lorsqu’une forte puissance ou davantage d’adhérence sont nécessaires.

Les terres rares sont-elles indispensables aux voitures électriques ?

Non.

C’est une confusion fréquente.

Une voiture électrique n’a pas obligatoirement besoin de terres rares pour son moteur.

Les moteurs asynchrones et les moteurs synchrones à rotor bobiné peuvent fonctionner sans aimants permanents à terres rares.

Renault commercialise ainsi depuis plus d’une décennie des moteurs électriques dépourvus d’aimants permanents.

Cela ne signifie cependant pas que les terres rares vont disparaître rapidement de l’industrie automobile.

Les moteurs à aimants permanents restent très utilisés en raison de leur excellent compromis entre :

  • rendement ;
  • puissance ;
  • poids ;
  • encombrement.

Renault estimait encore en 2025 qu’environ 90 % des voitures électriques utilisaient des moteurs à aimants.

Comment réduire l’utilisation des terres rares ?

Plusieurs stratégies sont développées parallèlement.

Supprimer complètement les aimants

C’est le choix des moteurs à induction et des moteurs EESM à rotor bobiné.

Ils remplacent le champ magnétique permanent par un champ produit électriquement.

Réduire les quantités de terres rares utilisées

Les fabricants d’aimants travaillent également à réduire l’utilisation de certains éléments particulièrement critiques comme le dysprosium ou le terbium.

Utiliser des aimants alternatifs

Des moteurs utilisant des aimants moins dépendants des terres rares font également l’objet de recherches.

Les aimants ferrites, beaucoup plus courants et moins dépendants de chaînes d’approvisionnement critiques, constituent notamment une piste intéressante.

Des travaux récents montrent que des architectures de moteurs automobiles utilisant des ferrites peuvent atteindre des niveaux de puissance et de couple compatibles avec les besoins des véhicules électriques, même si des compromis restent nécessaires en matière de taille et de conception.

Il serait donc exagéré de parler de « fin des terres rares », mais l’industrie cherche clairement à réduire sa dépendance à ces matériaux.

Et les moteurs électriques à courant continu ?

Les moteurs à courant continu à balais ont longtemps été très répandus dans de nombreuses applications électriques.

Ils restent utilisés pour :

  • certains accessoires automobiles ;
  • de petits appareils électriques ;
  • des jouets ;
  • diverses applications industrielles.

Ils présentent l’avantage d’être relativement simples à contrôler.

Mais leurs balais et leur collecteur sont soumis à l’usure et demandent davantage de maintenance.

Ils ne constituent donc plus la technologie privilégiée pour la traction principale des voitures électriques modernes.

Les moteurs automobiles actuels sont généralement alimentés par un courant alternatif contrôlé électroniquement.

La batterie fournit pourtant du courant continu.

Un composant essentiel intervient donc entre les deux : l’onduleur.

Quel est le rôle de l’onduleur ?

La batterie d’une voiture électrique délivre du courant continu.

Mais les moteurs synchrones et asynchrones utilisent des courants alternatifs contrôlés avec une grande précision.

L’onduleur transforme donc le courant continu de la batterie en courant alternatif.

Il adapte en permanence :

  • la fréquence ;
  • la tension ;
  • l’intensité du courant.

Cela permet de contrôler précisément la vitesse et le couple du moteur.

Lors du freinage régénératif, le processus fonctionne dans l’autre sens afin de renvoyer l’énergie électrique produite par le moteur vers la batterie.

L’efficacité d’un véhicule électrique dépend donc non seulement du moteur, mais également de toute sa chaîne de traction :

batterie → électronique de puissance → onduleur → moteur → réducteur → roues.

Quel moteur électrique est le meilleur ?

Il n’existe pas de réponse universelle.

TechnologieRendementAimants permanentsTerres raresPrincipal avantage
Synchrone à aimants permanents (PMSM)ExcellentOuiSouventCompacité et rendement
Synchrone à rotor bobiné (EESM)ExcellentNonNon pour le rotorRendement sans aimants
Asynchrone / inductionTrès bonNonNon pour le rotorRobustesse et simplicité

Le moteur à aimants permanents offre généralement l’un des meilleurs compromis entre compacité, rendement et performances.

Le rotor bobiné permet de conserver un excellent rendement sans utiliser d’aimants permanents.

Le moteur à induction reste robuste et particulièrement intéressant comme moteur secondaire sur certains véhicules à transmission intégrale.

Le choix dépend donc de la stratégie du constructeur et de l’utilisation du véhicule.

Conclusion : un moteur simple en apparence, mais technologiquement très avancé

Le moteur électrique est beaucoup plus simple mécaniquement qu’un moteur thermique, mais sa conception reste extrêmement sophistiquée.

Son rendement élevé, son couple disponible immédiatement, sa large plage de fonctionnement et sa capacité à récupérer l’énergie au freinage expliquent une grande partie de l’efficacité des voitures électriques.

Trois technologies dominent aujourd’hui : les moteurs synchrones à aimants permanents, les moteurs synchrones à rotor bobiné et les moteurs asynchrones à induction.

Aucune n’est parfaite.

Les moteurs à aimants permanents offrent une excellente densité de puissance mais peuvent dépendre des terres rares. Les moteurs à rotor bobiné évitent ces matériaux au prix d’une architecture plus complexe. Les moteurs à induction offrent une excellente robustesse mais peuvent présenter davantage de pertes dans certaines conditions.

L’évolution actuelle ne va donc pas nécessairement vers un moteur unique, mais vers une optimisation de chaque technologie en fonction de l’efficacité, du coût, des performances et de la disponibilité des matières premières.

Sources